Textes:

Edition 14-18 – Atelier Razkas
Mise en Abysse – Michèle Minne – 2013
                                Véronique Goossens, 1er prix de la Triennale 2013 – 2014
                                 ‘V. Goossens expose au Majorat Ars Visuels’ –  Eva Robin – mars 2014 – Toulouse
                                 Incidences Magazine Beaux Arts &  La Griffe culturelle#16 – fév 2014 Toulouse     – Un monde en suspension – Marc Billy – 2011
– La nature a besoin de dessins – Gaspard Jedwab – 2011
Arte News n 34 – février  2007
L’Echo – Colette Berthot – mars 2007

Liens :


Centre de la Gravure        www.centredelagravure.be
Estampadura           www.estampadura.com
Artothèque      www.artotheque.be
Graphothèque      www.graphotheque.be
Académie des Beaux-Arts de Boitsfort
Atelier Pélican
Les éditions du Vide
Atelier Razkas

Webmaster :
http://aymar.doat.be 


Mise en abysse

 

Un fil ténu, peut-être celui de la mémoire humaine traverse les mondes de Véronique Goossens. Des mondes qui se fécondent mutuellement. Les recherches sont multiples, les techniques également. Pourtant une émotion, qui prend aux tripes, irrigue du même mystère peintures, gravures, pastels ou croquis.

Des silhouettes esquissées en quelques coups de pinceaux, êtres légers, presque inexistants. Repentirs, superpositions de poses, alchimie du papier et de l’encre de Chine, voici le babil solitaire des modèles qui prend forme. Des visages peints en gros plans à différents âges, parfois des corps de plain pied  figent des fragments de vie sur le support : yeux clos ou aveugles, têtes baissées, regards perdus dans le vague à la recherche d’on ne sait quel fantôme, bouches ouvertes et pourtant muettes. Le mouvement y est comme pétrifié. Parfums d’enfances, mutismes d’adultes, conversations intérieures ? Arrêts sur image ou  impossibles connivences ?  La question reste en suspens, la matérialité de la peinture lui confère une réalité tangible.  La pâte est généreuse, le trait tempétueux. Des choix chromatiques, intenses mais feutrés, imprègnent ces petits formats aux cadrages singuliers. Images à la fois délicates et violentes où perle la solitude du moi.

L’œuvre gravé poursuit ce voyage intime explorant les frontières de l’inanimé et du vivant. Effet de miroir cherchant à saisir ce point volatil, à déflorer la cruauté abyssale ? Véronique Goossens observe, un peu en retrait ou en apnée peut-être, cette chose qui se fait ou se défait,  ce je ne sais quoi qui flotte dans l’univers. Combiner les manières de travailler la plaque : vernis, aquatinte et pointe sèche. Attaquer l’obscurité de la matière. Elle la caresse et blesse sa proie de métal. Les noirs dominent,  leur profondeur est vertigineuse. Par contraste, la trouée du blanc paumé agit comme un gouffre de magma lumineux. Laitance d’humanité ? De sa main, jaillissent des figures sorties d’une nuit sans fin mais dont le frémissement est pourtant bien palpable. Têtes hors champ, corps happés vers le bas, visages sans traits, des ombres grandeur nature se côtoient, se frôlent sans vraiment se rencontrer dans les eaux-fortes. Leur présence est comme absence infusant l’invisible, l’indicible et l’incommunicable aussi.

Des mamelons montagneux, des ciels gris, des paysages baignés de douceur et de mélancolie appellent une palette aux tonalités sourdes et retenues. Ces pastels et gravures polychromes n’ont pour objet qu’eux seuls, l’humain n’y a pas sa place. Ils sont rémanences. Du plus proche au plus lointain, Véronique Goossens n’a de cesse de saisir ce  pays rural qu’elle connaît bien, d’y installer un espace fictif, celui des portraits de nuages ou de buissons, d’y explorer une campagne dont l’humeur changeante continue à la surprendre. Turbulences et tourments. Tout est ici composition, nuance et minutie. Cherche-t-elle à capter l’instant ? Cherche-t-elle à suspendre le temps ?  Le sait-elle ? Elle avoue aimer aller très profondément là où les secrets sont enfouis pour les dire de différentes façons.

Le dessin est une discipline voire une philosophie, mais aussi trace et ligne de vie. Où qu’elle soit, Véronique Goossens griffonne et croque des ambiances, des émotions, un moment. Des lieux visités, habités ou pas, en sont le ferment. Elle fixe ces expériences, hors atelier, dans des carnets-mémorandums où elle  enferme le réel. Elle repousse les frontières de l’oubli et condamne la mémoire à la perpétuité.

Revenir et revenir encore, laisser affleurer les souvenirs, travailler par série, laisser monter en soi  présent et passé. Véronique Goossens sème les indices: secrets mis à nu, plaies palpitantes. Son travail trouble. Il oscille entre force et fragilité, fait écho et secrète un étrange parfum ontologique. Et voilà le spectateur confronté à l’émergence de ses tumultes et de son silence intérieur.

Michèle Minne

Critique d’art ABCA-AICA

Décembre 2013



La nature a besoin de dessins

 

Dans les années 1980 et 1990, le milieu belge de la conservation de la nature a connu un virage important.

Les efforts déployés jusque là par les naturalistes pour conserver les témoins du patrimoine naturel semblaient vains face à la destruction accélérée des milieux naturels et ce, dans une indifférence presque générale du public.

Le virage décisif a été amorcé en déployant ces efforts vers le grand public. Sous cette impulsion de la dernière chance, le milieu de la conservation de la nature se peupla et s’entoura de professions jusque là insensibles : architectes, architectes paysagistes, artistes, dessinateurs, ingénieurs, animateurs de télévision, chanteurs, communicateurs, financiers, etc.…

Dans ce mouvement de séduction et de prise de conscience du public, la dessinatrice Véronique Goossens a contribué de façon discrète et magistrale.

A l’instar des dessinateurs Jean-Claude Servais, Didier Comès, Frank, Bourgeon, …. elle travailla à rendre sensibles, comiques et émouvants les acteurs du monde sauvage.

Sous sa plume, panneaux d’informations, revues, dépliants et affiches se peuplèrent de paysages, d’oiseaux, de mammifères, de batraciens, de reptiles, de végétaux, et d’insectes.

Véronique Goossens illustra ainsi des centaines de territoires protégés, d’abord pour l’association Réserves Naturelles-RNOB (devenue Natagora par la fusion avec Aves) puis pour la Région wallonne qui équipait les sites du Hainaut et pour la Région de Bruxelles-Capitale (« Bruxelles, très nature ») qui souhaitait émouvoir le public sur ce thème dans ses parcs et ses réserves naturelles.

Le travail de Véronique Goossens ne s’est pas cantonné dans la représentation des espèces sous leur meilleur jour. Son art du paysage a permis au public de se sentir au milieu de la nature.

Les coupures de presse donnent un faible aperçu du succès public qu’ont connu de nombreux sites wallons et bruxellois grâce à ce travail d’information et de sensibilisation.

Etonné, touché et enthousiasmé, le public a rejoint les associations pour agir. L’objectif était atteint !

 Gaspard Jedwab

Architecte paysagiste, auteur de projet – 2011
Chargé de mission aux Réserves Naturelles-RNOB  (1983-1998)

 

– Arte News , n34 – fevrier  2007
– L’Echo – Colette Berthot – mars 2007